Stop aux piles

 

Les piles et accumulateurs en fin de vie sont en partie sous notre responsabilité.

 

Mais où est donc le bac à piles usagées ?

Les piles  passe ensuite du bac à un container à l’arrière du magasin. Elles sont ensuite récupérées par un des 2 éco-organismes conventionné pour les piles de grande consommation, créé par les principaux fabricants de piles.

Une fois qu’ils ont réuni 100 kg, les commerçants appellent le collecteur en fourgonnette. Un bordereau est alors rempli, les déchets sont acheminés ensuite dans un des vingt points de regroupement. Après la pesée consignée sur la fiche de suivi, le contenu est stocké dans un fût plastique à l’abri de l’eau et de l’oxydation. Dans les régions les plus peuplées, un camion charge chaque mois 66 fûts vers un des quatre centres de tri.

De ce tri réalisé manuellement, il ressort en moyenne 90 % de piles alcalines et salines classées non dangereuses, 1 % de piles lithium, 1 % de pile boutons et 5 à 8 % d’accumulateurs qui peuvent être dangereux. L’ensemble rejoint alors des centres de traitement pour qu’ils soient revalorisés ou incinérés. La filière, encore fragile il y a quelque temps, s’est à présent stabilisée, assure-t-on à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

A côté des fabricants (Saft pour les accumulateurs est le seul en France), les importateurs (Varta, Energizer, Gillette, Sony, Panasonic...) et les grands distributeurs qui font fabriquer à leur nom constituent les autres metteurs sur le marché. Au Syndicat français des fabricants de piles et d’accumulateurs portables (Spap), on ne s’attend pas à une forte progression du marché dans les années à venir. Mais côté recyclage, ce pourrait être le cas avec l’arrivée des produits usagés au lithium mis sur le marché il y a quatre ans pour la téléphonie.

 

Un geste écolo qui ralentit

Les Français occupent une bonne place parmi les consommateurs européens de piles (16 par an par habitant, 15,8 en Allemagne, 22,6 en Espagne). Selon l’observatoire des piles et accumulateurs mis en place par l’Ademe, 1 milliard des piles et accus ont été déclarés mis sur le marché en 2005. Ce chiffre atteignait 800 millions il y a deux ou trois ans. Une progression que n’explique Georges Goguet, délégué général du Spap, « que parce que les déclarations de mise sur le marché, obligatoires depuis 2001, sont plus complètes qu’auparavant ».

Le taux de récupération français atteint 35 %. L’Ademe comme le ministère de l’Écologie et du Développement durable s’en félicitent. «Nous figurons parmi les bons élèves européens», note Laétitia Ghander, chargée à l’Ademe du suivi de la filière. Il faut savoir que l’Hexagone a imposé la collecte et la reprise par le distributeur des piles et accus dès 2001, et dépasse déjà l’objectif préconisé par l’union européenne pour 2012. Cependant l’organisme note une relâche du geste écologique. Il ne progresse que de 5 %, contre 22 % il y a deux ans. « La faute notamment aux distributeurs qui ne mettent pas assez en évidence leurs bacs de collecte », estiment les observateurs.

 

Consommer moins

 «  Seule une pile sur trois parvient jusqu’au circuit de recyclage en France, les autres sont mêlées aux ordures ménagères » association Les Amis de la terre. « Nous sommes bien loin des résultats de la Belgique qui annonce mettre en tri sélectif 56 % de ses piles, et de l’Autriche qui déclare 40 %. »

Difficile d’éviter les jouets qui marchent à piles ou accumulateur. Poupées, voitures… même les peluches en sont équipées parfois à notre insu ! « Pourquoi ne pas choisir un jeu de société traditionnel ou encore offrir une place à un spectacle ? ». Ou encore des xylophones en métal ou en bois plutôt que des petits pianos électriques. Préférer un accumulateur, pour une dizaine d’euros annuels pendant 4 ans, à des piles qui reviendront à 90 € au final.

Car l’impact des pollutions sur la santé est réel. Même dans le cadre du recyclage, il arrive que les salariés qui manipulent les piles soient atteints par des émanations toxiques. Si elles sont jetées dans les poubelles ménagères puis incinérées, elles contaminent l’environnement en métaux lourds. « Ceux-ci se concentrent dans la chaîne alimentaire et deviennent toxiques pour l’animal et pour l’homme, rappelle-t-on aux Amis de la terre. Le mercure, le cadmium restent les plus dangereux. Ils sont cancérigènes, peuvent causer des allergies, des troubles du système reproducteur et nerveux, et avoir des effets neurotoxiques. Ils pénètrent par inhalation et digestion dans le cerveau, les reins, les muscles, le squelette. »

Maîtrisons notre consommation

Menace pour les régions d’extraction

Au contraire, recyclés par affinage, les produits restituent des matières comme le ferromanganèse nickel nécessaire à la fabrication des aciers inoxydables, l’oxyde de zinc, utile pour les pigments de peintures et la galvanisation, le cadmium, qui permet de refabriquer de nouveaux accumulateurs. Cependant, le recyclage des piles n’est pas la panacée. Selon l’association, il faut dix fois plus d’énergie pour les recycler, qu’il n’en faut pour les produire. Et l’extraction des minerais nécessaires à leur fabrication menace plusieurs régions. L’association appuie par exemple une consoeur néocalédonienne opposée à un projet d’extraction de nickel par injection d’acide sous pression qui pourrait perturber l’atmosphère, le lagon et la pêche. Quant aux nouvelles piles à combustible, elles fonctionnent aussi longtemps que l’alimentation est maintenue : oxydation sur une électrode d’un combustible, par exemple l’hydrogène, et réduction sur l’autre électrode d’un oxydant, tel que l’oxygène de l’air. Les premières versions - certaines piles seront rechargeables - sortent des bureaux d’étude des fabricants pour être en magasin début 2007, mais on en attend encore les projections sur l’impact environnemental.

La loi :

Depuis le 1er janvier 2001, un décret français réglemente la mise sur le marché et la fin de vie de l’ensemble des piles et accumulateurs. Il interdit de les jeter dans la nature, c’est-à-dire par terre ou encore dans les égouts, sous peine d’être passible d’amende. Il interdit ou limite la teneur en mercure et en impose le marquage sur les piles (cette matière a considérablement baissé dans le poids des déchets).

Il oblige distributeurs, importateurs, fabricants à organiser leur élimination.

L’arrêté du 26 juin 2001 oblige les producteurs à déclarer le flux mis sur le marché, collecté et éliminé.

Enfin, la directive européenne du 6 septembre 2006 qui doit être transposée dans le droit français fin 2008 impose l’indication de la durée de vie du produit, l’interdiction du cadmium pour la consommation domestique et surtout des contraintes pour les piles et accumulateurs à usage professionnel. Elle fixe des objectifs de taux de collecte de 25 % en 2010, de 45 % en 2016. Pour une fois que la France a pris de l’avance - elle atteint 35 % de taux de collecte grâce à sa réglementation appliquée à partir de 2001 -, il ne s’agit pas de lever le pied !

 
Chargeurs et accumulateurs, pour minimiser l’impact environnemental.

Les alternatives complètes restent timides. Montres automatiques qui se remontent par le geste du poignet, ou plus classiquement les versions mécaniques, des lampes de poche, des torches, des radios à manivelle. Les applications à énergie solaire pour jouets, présentoirs rotatifs, calculettes, pèse-lettres, ventilateurs, guirlandes existent également.

Pour rester puriste et éviter les accumulateurs aux composants nocifs, il faudra alors préférer les versions qui restituent l’énergie immédiatement. Pas très pratique !

« Peu de fabricants se soucient de travailler sur les alternatives aux piles pour la grande consommation, car il n’y a pas de demande dans ce sens de la part des consommateurs » selon Linda Lescuyer, responsable du pôle conception développement durable et environnement créé par la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication. Un avis que ne partage pas Consommation logement et cadre de vie (CLCV), association de consommateurs qui sensibilise ses membres sur le sujet. « Dans nos courriers, nos permanences, la question du coût du traitement des déchets de piles devient récurrente. » Car, finalement, c’est le consommateur qui paie à tous niveaux...

Gwénaël Le Morzellec

 Mieux vaut l’accu que la pile.

Pour en savoir plus :

 www.ademe.fr - Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (observatoire des piles et accumulateurs)

 www.corepile.fr

 www.screlec.fr

 www.amisdelaterre.org - Les Amis de la Terre

 www.lefestivalduvent.com - Les Amis du vent défenseur de l’environnement corse

 www.cniid.org

 www.spap.fr - Syndicat français des fabricants de Piles et d’Accumulateurs Portables

 www.ecologie.gouv.fr - Ministère de l’Écologie et du Développement Durable

 www.clcv.orgs